Vous avez dit Gainsbourg ?

Publié le par Martin Julhes

Après Edith Piaf (La Môme de Olivier Dahan), Jacques Mesrine (L'instinct de Mort et L'ennemi Public n°1 de Jean-François Richet) ou encore Coluche (Coluche, l'histoire d'un mec de Antoine De Caunes), c'est au tour de Serge Gainsbourg d'avoir son biopic avec Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar. Les critiques souvent dirigés à l'encontre de ce genre cinématographique - économie de scénario, manque de créativité, opportunisme, etc - trouvent pour une fois un peu moins d'échos qu'à l'accoutumé et on ne peut que s'en réjouir.

Pour un premier film, le réalisateur, qui est d'abord connu pour ses bandes dessinées, s'en sort plutôt pas mal, avec, il faut le souligner, un casting audacieux mais de premier choix. Eric Elmosnino, pas tellement connu du grand public et plus actif sur les planches qu'à l'écran, interprète Gainsbourg adulte et sa prestation est tout simplement bluffante, tant par sa ressemblance que par la justesse de son jeu. Laetitia Casta, dont les apparitions antérieures dans différents navets ne laissaient pas prévoir qu'elle serait un jour adulée comme actrice, crée la surprise dans le rôle de B.B.. Et puis feu Lucy Gordon (le film lui est dédié), qui a été retrouvée pendue en mai dernier dans son appartement parisien, interprète à merveille sa compatriote Jane Birkin. Soulignons également la qualité de la prestation du jeune acteur suisse Kacy Mottet Klein qui interprète Lucien Ginsburg (Gainsbourg enfant, c'est son vrai nom) à l'époque où Paris était occupé par les allemands.

L'auteur qualifie lui même son film de "conte" moins pour se dédouaner de la réalité des faits (il connait très bien la vie et l'oeuvre de Gainsbourg) que pour justifier ses libertés d'interprétations et les originalités du scénario qui donnent à ce film un intérêt indégnable. Joann Sfar fait intervenir par exemple tout au long du film un double de Gainsbourg qu'il est seul à voir, marionnette à l'apparence caricaturale représentant
la dualité dans le personnage et ses névroses. Cette sorte de subconscient caractériel et enjoué pousse Serge à aller dans ses retranchements et à s'autoriser à faire les choses. Autant dire que c'est plus ou moins réussi et assez surprenant au début. On se demande si certains tourments intérieurs n'auraient pas gagné en force et en intensité à être suggérés ; néanmoins certaines scènes de Gainsbourg avec son alter-ego ont le mérite de faire sourire.

Le parti pris du réalisateur est celui de dresser le personnage de Gainsbourg à travers ses conquêtes féminines - conquêtes qu'il a somptueuses, mais nul ne l'ignore - ce qui réduit un peu parfois la fibre artistique du poète, qui certes s'inspirait largement de ses muses mais elles ne résumaient pas pour autant l'intégralité de son oeuvre. On passe alors à côté des motivations profondes de l'artiste, ce qui l'habite et ce qu'il l'effraie, au point qu'il se laisse petit à petit glisser dans la peau de Gainsbarre... La conséquence directe serait alors quelques longueurs qui auraient pu être évitées tant la vie de l'homme à la tête de choux fut riche et contrastée.

Gainsbourg (vie héroïque) est un bon premier film pour un réalisateur passionné et touche à tout, cependant il manque un petit quelque chose qui a tendance à s'amplifié dans la deuxième moitié du film bien trop descriptive.

Je ne peux m'empêcher pour finir de vous proposer une petite vidéo. Non pas un extrait du film ou la bande annonce que vous trouverez aisément sur le web, mais un clip de 1966 où l'on voit Serge Gainsbourg et France Gall chanter les fameuses Sucettes à L'anis... Que du bonheur !

Publié dans Critique

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