Royal de Luxe à Montréal en juillet 2010 //ANNULÉ//

Publié le par Martin Julhès

La communication officielle du festival d'humour montréalais Juste Pour Rire ne l'annonce pas encore mais la compagnie de rue Royal de Luxe présentera, selon différentes souces de presse écrite, son spectacle déambulatoire jamais livré en Amérique du Nord La Géante du Titanic et le Scaphandrier - qui met en scène deux marionnettes en bois de plus de 5 et 10 mètres de haut manipulées par des dizaines d’humains au sol - à l'occasion de la 28ème édition du festival qui aura lieu du 2 au 25 jullet prochain. Ce festival créé en 1983 et dédié à l'humour est le plus gros évènement du genre de la planète, il comporte un volet "arts de la rue" - dirigé par André Pérusse - qui propose des spectacles de rue chaque année pendant une semaine. Le dernier passage de la troupe à Montréal remonte à 1986 pour la présentation de son spectacle Roman photo, une création à dimension humaine, cette fois, inspirée des célèbres récits à images.

C'est en 1979 que Jean-Luc Courcoult - étudiant en rupture avec le système d’enseignement académique - fonde la compagnie Royal de Luxe près d'Aix-en-Provence en compagnie de Didier Gallot-Lavallée et Véronique Loève, puis s'installe non-loin de Saint-Jean du Gard. La compagnie débute dans des conditions matérielles rudes (ce qui est monnaie courante dans les arts de la rue), mais les contraintes engendrées par le manque de moyens stimulent l’imaginaire de ses membres qui possèdent un certain goût pour le travail collectif, la récupération et le détournement des objets du quotidien (baignoires, aspirateurs ou lits sont utilisés et s'animent pour développer un imaginaire extraordinaire). Royal de Luxe commence à se distinguer par ses perturbations de l’espace urbain et la remise en question des conventions qu’il occasionne. C’est l’époque des Mystères du grand congélateur (1980), du Bidet cardiaque (1981), Publicité Urbaine et La demi-finale de Waterclash (1982). La troupe quitte le sud est de la France fin 1984, pour squatter un château près de Toulouse. La municipalité tolère l’occupation des lieux mais n’accorde aucune aide financière.

En 1989, la mairie de Toulouse n'accorde toujours pas son soutien financier à la compagnie qui lance un appel dans la presse nationale, certaine de pouvoir recevoir ailleurs un meilleur accueil. C’est le maire de Nantes qui s’empresse d’y répondre et lui met à disposition un hangar de 10 000 m² où ils commenceront la création d’un spectacle qui marque un tournant pour la compagnie : La véritable histoire de France. Ce spectacle est présenté pour la première fois à Avignon sur la place du Palais des Papes en juillet 1990, avant de tourner dans dix villes de France, puis en Europe en 1991. L'année 1992 est très importante pour la compagnie, puisque l’équipe traverse l’océan Atlantique à destination de l'Amérique du sud, à bord d’un cargo (en compagnie du groupe Mano Negra, du chorégraphe Philippe Decouflé et du marionnettiste Philippe Genty). Une de rues de Nantes (qui finance le projet) est reproduite à l’identique à bord du bateau par les soins de Royal de Luxe. La véritable histoire de France est jouée sept fois dans des ports de la façade atlantique de l’Amérique latine.

De retour d’Amérique latine, la compagnie créera le fameux spectacle du Géant tombé du ciel, qui prendra possession de la ville du Havre en 1993. Pour la première fois, raconter une histoire à une cité entière devient une réalité, jusqu’à ce que la population ne perçoive plus cela comme un spectacle avec un début et une fin, mais comme une autre réalité qui s’impose simplement à elle. Le Géant mesure dix mètres de haut et est suivi par tout un système d'échafaudage et de poulies qui lui permettent de se mouvoir dans l'espace. Un un mot, le géant paraît tout simplement vivant. La compagnie s’engage en octobre 1997 dans une aventure théâtrale au Cameroun où elle crée un enfant noir de six mètres de haut dans la lignée du Géant. Ce géant noir fait sensation sur le continent africain et procure des sentiments de crainte mêlés à de la curiosité chez les habitants des villages où il passe. Interrogé par Dominique Deluze dans son film, Royal de Luxe, retour d'Afrique, un camerounais dira que « si ça n'était pas les blancs derrière le géant, alors on penserait que les esprits sont en colère ». En août 2000, la compagnie développe à nouveau son goût pour le monumental en lâchant des girafes d’une dizaine de mètres de hauteur dans les villes du nord de la France.

Le 16 mai 2003 Royal de Luxe se retrouve programmées sur le festival Chalon dans la Rue en pleine crise des intermittents du spectacles. Différentes compagnies également programmées appellent à ne pas jouer et des débats houleux ont lieu en assemblée générale où « la violence verbale se confondait avec la passion, la fatigue, voire le désespoir, en tout cas le malaise et le doute ». Le Royal décide de maintenir son spectacle, face à un gouvernement sourd et sournois, ces artistes préféraient lutter avec leurs propres armes : l'expression artistique qui, sans doute plus que les poings, peut avoir un impact fort sur les imaginaires et les consciences. Néanmoins, Royal de Luxe est victime de violences physiques et verbales de la part d'intermittents en grève qui souhaitaient que le spectacle n'ai pas lieu et décide d'annuler la suite des représentations.

La compagnie s'est adaptée aux réalités économiques inhérentes au spectacle vivant à l'aube de ce nouveau millénaire et sont revenues à des spectacles moins monumentaux et gigantisimes que par le passé, car les moyens manquent (bien que Royal de Luxe continue à faire tourner ses géants, surtout à l'étranger). Elle continue de créer des spectacles de « rue » pensés pour un espace public qui continue encore et toujours à l'occuper. Elle reste également une source d'inspiration majeure pour bon nombre de compagnies.

Voici un reportage intitulé Les géans arrivent ! tourné à l'occasion du 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin où la compagnie Royal de Luxe a enchanté la capitale allemande. ARTE accompagne et commente le spectacle La Géante du Titanic et le Scaphandrier - qui a été monté à l'occasion de la biennale d'art contemporain à Nantes en juin dernier - depuis l’arrivée par bateau des deux géants à Berlin le 1er octobre 2009, jusqu’aux retrouvailles après une longue séparation le 3 octobre à la porte de Brandebourg.

Publié dans Annonce d'évènement

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Nicolas 02/05/2010 10:19


En 2003 lors de la crise des intermittents lors de la crise des intermittent on les appelait les "Royal d'Eunuques"


Nénette 21/03/2010 21:41


Les Nantais vont franchir l'Atlantique alors. J'aimerais bien voir la Petite Géante un de ces jours...