Retour sur le festival de Théâtre de Rue de Lachine

Publié le par Martin Julhès

poster 2010Le week-end dernier s'est tenu dans l'arrondissement de Lachine à Montréal la troisième édition du Festival de Théâtre de Rue de Lachine, avec au programme des concerts le 24 juin pour fêter la Saint-Jean (fête nationale du Québec) et du théâtre de rue bien sûr en plus des concerts les vendredi 25 et samedi 26 juin. Lachine est un arrondissement du sud de l'île de Montréal et le festival se tenait pour la troisième année consécutive au bord du canal, dans un cadre mêlant urbanité et nature puisque à cet endroit la ville laisse place à des berges agréables et propices aux balades avec ses aires picnic et ses étendues de pelouse. Il aura suffit de fermer à la circulation le boulevard Saint-Joseph qui longe le canal, pour créer une zone propice à l'accueil d'un festival en plein air dédié aux arts de la rue. Retour en image sur deux jours de théâtre de rue avec au programme une vingtaine de compagnies venant de France et du Québec.

 

La programmation en rue, identique le vendredi et le samedi, était bien fournie, diffcile de tout voir dans son intégralité même en étant le plus assidu des festivaliers et on ne peut que s'en réjouir. Cependant il a manqué d'un petit quelque chose au niveau de la scènographie, le cadre est certe idylique mais il n'en reste pas moins que seuls les spectacles en eux-mêmes donnaient vie au lieu, pas d'installations plastiques, d'éclairage particulier ou de réelle transformation de l'espace public. On reste dans un schéma classique où les spectacles sont disséminés un peu partout dans l'espace et ce succèdent les uns après les autres aux endroits prévus à cet effet, sans trop de fantaisie. À souligner cependant le concept des toilettes publiques éclairées de vert et de bleu, disposées sur une scène avec des gradins en face, tandis que des bruits d'applaudissement de foule sont diffusés pendant que les gens entrent et sortent. D'autres idées du genre auraient été les bienvenues...

 

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Je ne vais pas faire ici une critique où un résumé de chaque spectacle que j'ai pu voir mais j'ai juste envie de partager quelques coups de coeur que j'ai pu avoir. Le spectacle "Les Facteurs" (2001) de la compagnie française No Tunes International en fait partie, quoi de mieux qu'une petite tournée en tandem façon La Poste pour ce mettre en jambe ? La quarantaine de spectateurs qui a suivi les deux comédiens (Fabrice Watelet et Olivier Franquet) pendant une heure n'a pas été déçue du voyage, au programme : humour, poésie, un peu d'anglais et même du chant choral ! Les deux facteurs sonnent chez les gens (visiblement pas au courant qu'il y a un festival de théâtre de rue à deux pas de chez eux) et se mettent à lire aux habitants des lieux, dérangés à l'heure du souper, des missives qui ne peuvent laisser de marbre. J'ai adoré de voir que l'on peut encore  faire embarquer les gens avec trois fois rien et un peu d'imagination, les faire rire, les faire rêver, les toucher, les surprendre... J'aimerais bien que l'on sonne un jour chez moi pour m'apporter du courrier de la sorte !

 

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No Tunes International - Les Facteurs

 

Gros coup de coeur également pour le spectacle "Le secret d'Adélaïde" (2008) de la compagnie québécoise La Tête de Pioche (membre du Regroupement des Arts de la Rue du Québec), qui n'est pas sans rappeler le  Roman Photo de Royal de Luxe par ses côtés délirants et toujours excessifs. Spectacle fixe et participatif d'une demi-heure qui file en un rien de temps, que du bonheur. Les spectacteurs, solicités à différentes reprises par les comédiens (Louis Tremblay et Olivier Normand) - notamment pour tenir les décors - forment un demi cercle et ne cessent de rire devant cette histoire d'une simplicité enfantine mêlant avec brio effets spéciaux abracadabrantesques et idées saugrenues en tous genres. Le spectacle, qui est inspiré de contes et légendes typiquement québécois, nous emmêne dans un univers glacé qui réchauffe sacrément bien le coeur. À voir absolument !

 

La Tête de Pioche - Le secret d'Adélaïde (vidéo promotionnelle) 

 

À souligner également, la présence de deux autres compagnies membres du Regroupement des Arts de la Rue de Québec (RAR) dont les spectacles de qualité ont été plébicités par le public : Les Poupées Krinkées (avec son spectacle "Punzelle" qui transporte le spectateur dans un univers onirique mêlant marionnettes, échasses et contes pour enfant) et l'Orchestre d'Hommes-Orchestres (qui a présenté son spectacle "Ciné-Parc", performance musicale et vidéo à partir d’un camion à lait de 1963 et d’un pick-up de 1956). Qu'attendent les autres artistes pour se joindre au mouvement ?!


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Les Poupées Krinkées - Punzelle


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L'Orchestre d'Hommes-Orchestres - Ciné-Parc

 

Une autre compagnie française était de la partie, la Cie Friches Théâtre Urbain qu'on ne présente plus. Je n'avais pas encore eu l'occasion de voir "Méphistomania" (1992), spectacle historique autour du mythe de Faust qui fait désormais partie des classiques. Je dois dire que j'ai été un peu déçu face à ces 70 minutes de spectacle somme toute assez répétitives. De nombreux artifices sont utilisés tout au long du spectacle ce qui rend les scènes saisissantes et esthétiquement belles mais rien de nouveau à la nuit tombée (à part pour le SIM - Service Incendie de Montréal - qui ne savait plus où donner de la tête !). On s'ennuie parfois et les spectateurs très nombreux au départ (peut-être mille), décrochent petit à petit pour finir trois fois moins nombreux. Les voix des comédiens - fort bien costumés du haut de leurs échasses - sont reprises avec des micros mais le manque de stéréo rend la compréhension parfois difficile (qui me parle ?), s'ajoute à cela le fait que la petite troupe s'enfuit toutes les cinq minutes sans crier gare, dur dans ces conditions de suivre le spectacle. Les artifices lassent au bout d'un moment (une fois que l'on a essayé de prendre des photos sous tous les angles) et sont à mon sens assez peu justifiés. J'ai vu le spectacle deux fois (il n'y avait rien d'autre de programmé en même temps) et cette impression m'a poursuivi à chaque fois...


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Friches Théâtre Urbains - Méphistomania

 

Pour conclure j'ai juste envie de dire longue vie à cet évènement qui fait du bien aux arts de la rue au Québec, permettant une réelle opportunité de diffusion aux compagnies québécoises qui forment la grande majorité de la programmation. Le festival est très éloigné du centre de Montréal et il faut une bonne heure de transport en commun pour arriver dans un quartier dortoir où il ne passe pas grand chose ; c'est tout bon pour l'arrondissement de Lachine (dont le maire s'est fait pincer en train d'enjamber le cordon de sécurité de la file d'attente du spectacle Le Grand Peep Show de la compagnie Corpus par une charmante bénévole) et ses habitants et tellement essentiel. Un peu dur cependant pour les festivaliers qui viennent de loin et qui doivent repartir ensuite en sens inverse, des navettes ou du covoiturage pourraient-être mis en place pour les prochaines éditions. Petit hic par contre concernant l'accueil du public sur place qui pourrait-être amélioré : aucun flèchage pour trouver son chemin, les bénévoles que j'ai pu croiser ne savaient pas où avaient lieu les différents spectacles et rien ou presque à manger sur place à part des hot-dogs chers et vraiment pas fameux. Heureusement qu'on y trouve de la bonne bière !

 

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Corpus - Le Grand Peep Show


Pour en savoir plus sur le festival vous pouvez consulter :

- le site internet officiel du festival : www.theatrederue.com

- un entretien réalisé en février dernier avec Chantale Jean, régisseur général du festival, en cliquant ici.

Publié dans Report

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