On n'est pas des marques de vélo

Publié le par Martin Julhès

En 2003 sort sur les écrans « On n'est pas des marques de vélo », excellent documentaire de Jean-Pierre Thorn qui dresse le portrait de Ahmed M’Hemdi, jeune danseur de hip-hop de trente ans surnommé Bouda, entré en France à l'âge de trois mois avec sa famille et victime de la loi dite de "double peine".

Bouda grandit dans la banlieue de Dugny (Seine-Saint-Denis) et est découvert par Sidney, animateur de la célèbre émission « H.I.P. H.O.P. » diffusée sur TF1 en 1984, alors qu'il danse aux côtés des Paris City Breakers. En 1990, il est arrêté pour une affaire de stupéfiants (trafic de haschisch) et à nouveau, pour les mêmes raisons, en 1993. Il passe quatre ans en prison à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis et est à sa sortie victime de la loi dite de "double peine" (qui permet d'expulser au sortir d'une peine de prison les enfants de l'immigration vers des pays d'origine qui leurs sont devenus étrangers), car condamné à  une interdiction de territoire français (I.T.F.) de cinq ans. On le renvoie de force en Tunisie dont il est originaire, mais dont il ignore la langue ; il rentre en France illégalement au bout de quelques mois et est donc contraint à vivre clandestinement dans le pays qui l'a vu grandir.

Passionné par le mouvement hip-hop depuis de nombreuses années et respecté par le milieu, Jean-Pierre Thorn a réalisé « Faire kiffer les anges » en 1996, documentaire de référence sur la danse hip-hop. Alors qu'il préparait une comédie musicale hip-hop, il apprend que Bouda est interdit de territoire et décide alors de tourner un documentaire dans l'urgence afin de médiatiser ce qui arrive au danseur, tout en fustigeant la "double peine" qu'il trouve profondément injuste. Le film est doublement intéressant : il permet à la fois d'expliquer les dérives de notre système judiciaire, à travers le récit d'un destin individuel plein de tendresse qui se fait la voix du collectif, et de retracer l'histoire de la culture hip-hop en France depuis les années 80, en s'intéressant aux « jeunes de banlieue défavorisée » qui ont grandi et construit leur vie autour de cette culture désormais incontournable tout en cultivant leur art.

Le dernier film de Jean-Pierre Thorn intitulé « 93 La Belle Rebelle » (Documentaire - France - 2010 - 1h13) sera projeté au Cinéma Comoedia dans le 7ème arrondissement de Lyon le vendredi 26 novembre prochain à 20h30, à l'occasion des 20 ans du réseau Banlieues d'Europe  "Quartiers populaires, quartiers créatifs en Europe" du 25 au 27 novembre 2010 dans l'agglomération lyonnaise. Ce documentaire retrace l’histoire d’une banlieue que personne ne raconte, à travers six portraits d’artistes, représentant chacun une époque et la naissance de sa contre-culture. Un débat avec le réalisateur aura lieu à l'issue de la projection.

 






On n'est pas des marques de vélo de Jean-Pierre Thorn (2003)
Scénario : Jean-Pierre Thorn
Avec Bouda, Sidney, Kool Shen, Jimmy Kiavué, Gabin Nuissier
Photo : François Khunel, Aurélien Devaux
Musique : Madizm et Sec.Undo (IV My People), Donya et Toy, D'Okta, DJ Namock
Production : MAT films, ARTE France | France, 2002, 35 mm, couleur, 1h29

Publié dans Vidéo

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