La relation au public dans les arts de la rue

Publié le par Martin Julhès

SDC10726La relation au public dans les arts de la rue - ouvrage coordonné par Anne Gonon* et publié en 2006 aux Editions L'Entretemps dans la collection Carnets de rue - est en fait le compte-rendu d'un colloque intitulé "Arts de la rue : quels publics ?" qui s’est tenu à Sotteville-lès-Rouen les 16 et 17 novembre 2005 à l’initiative de la ville et de l’Atelier 231. Ce colloque a réuni différentes personnalités du secteur des arts de la rue (directeurs de compagnies, élus, spectateurs, administrateurs, journalistes, professeurs, etc) autour de la notion de public et dresse un véritable état des lieux. Il existe très peu d'études sur les publics des arts de la rue malgré une fréquentation croissante et très importante des festivals (100 000 spectateurs à Sotteville-lès-Rouen, 100 000 à Aurillac, 250 000 à Angers, 350 000 à Chalon-sur-Saône...) ce qui rend difficile une analyse qualitative chiffrée. Les arts de la rue se sont développés de manière significative ces vingt dernières années, le secteur s'est structuré (voire institutionnalisé) et la dernière enquête datant de 2008 sur les pratiques culturelles des français montre bien "qu'un phénomène de haute importante sociale et culturelle se joue en "rue"", pour reprendre les termes de Jean-Michel Guy (Chercheur au DEPS, service statistique et d'étude sociologique du ministère de la Culture et de la communication).

L'atelier 231 à l'origine du colloque fait parti des neuf centres nationaux des arts de la rue et s'organise autour de différentes missions comme l'aide à la création, la formation, l'accueil d'artistes en résidence, le développement des arts de la rue en Europe et l'organisation du festival Viva Cité dédié aux arts de la rue qui a lieu chaque année au début de l'été (21ème édition cette année les 25, 26 & 27 juin 2010) dans la ville de Sotteville-lès-Rouen en Haute-Normandie. Le festival est plus qu'un évènement culturel pour la ville, c'est surtout l'enjeu d'une politique culturelle et d'un véritable projet de ville. Le public prend toute sa place dans le projet et lorsque l'Atelier 231 a été créé dans une ancienne friche SNCF réhabilitée, la ville a souhaité intégrer les associations d'habitants, les spectateurs, les retraités, les scolaires, etc. En offrant tout au long de l'année depuis plus de dix ans les Mardis de Viva Cité, qui sillonnent les quartiers de Sotteville, tout est fait pour contribuer à l'intégration des arts de la rue dans la ville.

L'ouvrage réuni de nombreux acteurs du secteur des arts de la rue, ce qui a le mérite d'offrir un panel de points de vue et d'expériences très riche et très complémentaire. Les problématiques liées à la notion de public pour un maire de commune ou pour un directeur artistique de compagnie ne sont pas tout à fait les mêmes, bien qu'elles se croisent et se rejoignent souvent. L'ouvrage est découpé en cinq chapitres, qui interrogent la notion de public bien entendu, mais qui n'excluent pas pour autant des questionnements d'ordre plus général en lien direct avec la spécificité du secteur, comme la gratuité dans les arts de la rue par exemple. La part belle est même laissée aux spectateurs dont les témoignages clôturent chaque chapitre à travers des portraits de spectateurs. Cette originalité qui consiste à offrir la parole à des spectateurs, et donc au "public" de manière plus large, permet de mieux sentir les enjeux liées à une plus grande connaissance du "public-population", pour reprendre le concept de Michel Crespin (Fondateur du Festival d'Aurillac et ancien directeur de Lieux Publics - Centre national de création des arts de la rue à Marseille).

S'interroger sur la notion de public dans le spectacle vivant en général et dans les arts de la rue plus particulièrement permet d'appréhender les finalités du geste artistique : pourquoi crée-t-on ? pour qui ? et comment prend-t-on en compte les récepteurs de l'oeuvre ? Pour Pierre Sauvageot - compositeur et directeur de Lieux publics - "la question du public est (...) consubstantielle de l'oeuvre, elle fait partie de l'écriture". Les compagnies de rue ont toujours entretenu des relations étroites et singulières avec leur public qui est composé d'une multitude de visages, d'individus, de gens tout simplement. C'est justement cette diversité qui rend difficile l'utilisation du mot "public" au singulier, il n'y a pas un public, mais des publics. De l'habitant du quartier qui regarde de sa fenêtre, en passant par le fin connaisseur en arts de rue qui suit la programmation, au travailleur qui jette un oeil sans s'attarder, on peut dire sans se tromper qu'il est difficile de cerner ce conglomérat protéiforme que représente la notion du public dans les arts de la rue. Et c'est justement cette diversité qui est intéressante pour la démocratie culturelle, tant convoité par les politiques culturelles depuis la création du ministère de la Culture en 1959 dirigé par André Malraux.


* Anne Gonon évolue depuis le début des années 2000 dans le secteur des arts de la rue. Après avoir travaillé avec des compagnies françaises (26000 couverts, Deuxième Groupe d’Intervention), elle a soutenu en 2007 une thèse de doctorat portant sur la question du public dans les arts de la rue. Chargée de cours à l’Université (Paris 1, Dijon), elle publie régulièrement des articles scientifiques et de vulgarisation sur les arts de la rue et réalise des missions d’accompagnement en développement de projets culturels dans l’espace public. Elle est également chargée de recherche et d'études pour HorsLesMurs.

Publié dans Livre

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